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Discours de Daniel Breuiller lors de sa nomination comme Chevalier de la légion d’honneur

Discours Chevalier de la Légion d’honneur

8 décembre 2012 – 11h00 Hôtel de ville

Madame la Ministre, Chère Cécile, Martine, Bernard, Alain, Maman, Vivi et Titi

Monsieur le Préfet,

Madame la sénatrice, Monsieur le Sénateur, Monsieur  le député,

Madame, Messieurs les maires, conseillers généraux et régionaux

Madame la Présidente de la CAVB

Mesdames, Messieurs, Citoyens, Citoyennes

Chère Cécile, lorsque tu m’as informé de ton intention de soumettre ma nomination comme Chevalier de la Légion d’Honneur, j’ai été surpris.

Qu’ai-je fait donc pour justifier une telle reconnaissance. Et puis, j’avais en tête  moi qui suis  maire d’Arcueil, la phrase  qu’Eric Satie, notre illustre concitoyen,  adressa à Ravel à propos de sa musique : « la légion d’Honneur, M. Ravel la refuse, mais toute sa musique la mérite… »

A vrai dire, je pensais justement ne pas la mériter ni au sens propre, ni au titre du « classicisme » sous-entendu par Satie.

Je ne sors pas d’une grande école, je n’ai pas cette carrière de grand serviteur de l’état, et je n’ai même pas toujours les costumes adaptés pour la porter.
Je la reçois cependant avec émotion pour 3 raisons que je voudrais vous livrer.

–       La première est très  personnelle  et vous me pardonnerez d’évoquer ici des choses intimes. Mon père est décédé voilà 2 ans, et je crois que lui l’ouvrier électricien, le syndicaliste, le militant communiste de toujours,  aurait été fier que son fils soit ainsi reconnu par la République.  Cet  honneur, je l’ai accepté en pensant à ceux qui m’ont construit.

–       Un arrière-grand-père, Marius, illettré et bénéficiaire du minimum vieillesse. Mais à chaque fois que nous ramenions nos bulletins scolaires ils étaient bons. Marius  nous emmenait avec fierté au libraire et nous achetait à Bernard et à moi un livre, lui qui ne savait pas lire.

–       Un grand père ébéniste  qui avait laissé plusieurs doigts à son métier mais qui nous a appris l’amour du travail et l’exigence qu’il soit bien fait

–       Et puis mes parents, qui m’ont légué le sens de l’engagement, la solidarité internationale pendant la guerre d’Algérie, malgré les menaces de l’OAS,  l’exigence de justice sociale, la solidarité de classe, et la volonté de lutter contre tous les plafonds de  de verre

–       Mes frangins si différents de moi et les mêmes au fond Martine et mes enfants tous engagés à leur façon et dont je suis si fier

–       Les rencontres : M Flandrin au lycée Lakanal, un enseignant qui m’a fait grandir ; M Pigot, cet éducateur qui se mettait accroupi pour parler à égalité avec les enfants ou R. Mérand  et R. Moustard ces pédagogues qui n’ont montré que chaque être humain est capable, de grandes choses ; et enfin  mes petits-enfants  Naël et Lina  grâce à qui je suis devenu écologiste pour prendre soin de l’avenir que nous leur laisserons ou Lili qui vient de faire  sa première manifestation contre NDDL…

Dans l’histoire, il n’y a presque jamais le peuple . Pardonnez l’impudeur et l’exagération mais cette Légion d’Honneur, je la dédie aux gens de basse couche, aux étrangers et aux jeunes qui sont les héros de ce Germinal du 21è siècle que nous vivons à tous les militants, associatifs, syndicalistes et politiques  aux hommes et aux femmes de culture, aux enseignants qui agissent  pour que notre belle devise LIBERTE EGALITE et de FRATERNITE  prenne tout son sens.

–       Oui finalement c’est important que la République reconnaisse des parcours que la destinée sociale rend improbables. Hélas, plus encore aujourd’hui qu’hier.

Cette distinction m’est  décernée au titre de l’action menée pour le logement.  Je vais donc parler logement.

Enfant, j’ai vécu avec Bernard mon frère ainé et mes parents dans ce qu’on appelait la « cabane ». C’était un préfabriqué de 21 m². Nous avions le chauffage central,  plus exactement nous avions un chauffage qu’on  installait au centre de la pièce, une « chaude », c’est-à-dire de l’alcool à brûler versé dans une boite de pilchards. Je me souviens encore de ces flammes  bleues qui dansaient et dessinaient des rêves incroyables.

21 m² à 4, même les règles DALO auraient reconnu l’étroitesse du logement et lorsqu’Alain le petit dernier est né, nous avons bénéficié d’un logement HLM situé  avenue Larroumes à l’Hay les Roses …

C’était un palace, je me rappelle ma joie d’enfant en entrant dans ce logement, l’entrée à gauche, une chambre pour les parents, la salle de bains  puis la cuisine, ensuite le salon  et nos 2 chambres, on pouvait tourner dans le logement en passant d’une pièce à l’autre sans revenir sur nos pas. C’était incroyable.

Ce souvenir merveilleux de notre premier HLM, j’ai entendu des dizaines  d’Arcueillais me le raconter  à propos de leur emménagement au Chaperon vert, à PVC ou ailleurs.

Qu’on ne s’y trompe pas, j’ai des souvenirs heureux de  mon enfance malgré la cabane, mais je sais ce qu’avoir un logement digne apporte de bonheur aux enfants et bien sûr à leurs parents et c’est peut être, au-delà de conviction politique, dans ces souvenirs intimes que s’est forgée ma volonté de permettre à chaque famille d’accéder à un logement digne.

Voilà 3 mois nous inaugurions avec vous Monsieur  le Préfet, un petit immeuble de 12 logements de Valophis (pour Cécile et mes amis écolos je précise : le premier immeuble de 4 étage à ossature bois et naturellement BBC…).

Valophis avait invité  les futurs locataires et 2 petites filles m’ont demandé un autographe sur le carton d’invitation. Elles avaient un sourire et des yeux immenses. Elles habitaient jusqu’alors  allée des Tilleuls dans un de ces immeubles privés dégradés où des familles s’entassent pour des loyers  très élevés.

Ce sourire restera un de mes meilleurs souvenirs Et puisque j’évoque les « meilleurs souvenirs », je veux devant tant d’élus, devant toi Esther notre sénatrice, auteure d’une proposition de loi et devant la Ministre de l’égalité des territoires, en évoquer un autre : le référendum local organisé sur les Portes d’Arcueil pour conjuguer urbanisme et démocratie et surtout son ouverture à tous les citoyens d’Arcueil, étrangers compris.

Je me rappelle cette jeune fille m’expliquant que sa maman, illettrée, avait passé des heures  pour apprendre à signer son nom. Je revoie le visage de ce monsieur algérien et qui, bien qu’au RMI, s’était acheté une chemise neuve et une veste pour venir voter.

Ce droit de vote des résidents étrangers n’est pas pour les élus d’Arcueil une question abstraite, mais une expérience heureuse. Nous avons, en décembre 1999, par ce geste si banal, rendu de la dignité à des étrangers, à leurs enfants.

Il est temps que notre pays, poursuive enfin, son histoire et ses valeurs, en accordant ce droit de vote pour tous.

La deuxième raison, de mon émotion c’est que cette distinction reconnait un travail collectif, au sein d’équipes plurielles et citoyennes.

Ce collectif commence avec Gaston DOISELET, avec  Marcel TRIGON  et ses équipes qui furent aussi les miennes Jacques DELAHAIE,  Micheline SEIGNABOU comme Christiane TOUCHET, Anne BUYCK, Anne LEVAILLANT ou Claire COQ.

A vrai dire, il faudrait même rendre hommage à Emile BOUGARD, Charles FREROT et à Hélène EDELINE qui réalisèrent entre Arcueil et Gentilly ce formidable outil qu’est un office public HLM intercommunal.
Je suis fier que nous ayons, cher Patrick et Patricia, cher Alain, su défendre et développer cet outil précieux au-delà d’engagements parfois différents.

Ce travail collectif se poursuit aujourd’hui  avec une belle  équipe, au premier rang Christian METAIRIE et Anne Marie GILGER mes plus proches adjoints, mais aussi tout le bureau municipal actuel et les élus qui ont porté les dossiers d’urbanisme : Françoise MAILLARD puis Denis WEISSER et au logement : Odette POJAGHI pour qui j’ai une pensée particulière et Marie-Pierre REYNAUD. Elue au logement  est sans doute une des tâches les plus ingrates et difficiles.

Je veux aussi associer tous les autres élus qui portent les projets, qui consacrent leurs soirées et leurs week ends à l’exercice de la responsabilité républicaine, ainsi que les services de la ville et d’Opaly, et mes collaborateurs et collaboratrices directes, mon directeur général C Richard.
Je veux aussi dire que  notre département  a joué un rôle  important avec des élus très en pointe C. FAVIER,  Jean-Yves LEBOUILLONNEC, Jean-Luc LAURENT, Jean-Jacques BRIDEY et des personnalités  (Dominique GIRY) . Leur expérience nous a aidé, sur le fond et dans quelques »coups » politiques   notamment lorsque j’ai créé le collectif des maires « au nom de la loi SRU ». A l’époque Mr RAOULT voulait remettre en cause la loi SRU, celle qu’à juste titre, Madame la Ministre, vous renforcez; plus de 30 maires ont répondu à mon appel pour créer un lobby « les maires au nom de la loi SRU »

C’est une fierté  que se soient rassemblés des maires socialistes, communistes, écologistes et de Gauche citoyenne. La gauche a toujours besoin de sa diversité et de son rassemblement. Les équipes sont belles lorsqu’elles sont plurielles.

Je veux te remettre Cécile le dossier de presse de l’époque, vous y verrez Madame la Ministre beaucoup de similitudes entre nos propositions de 2006 et votre projet de loi.

Puisque j’en suis aux éléments « de rassemblement » je voudrais  quitte à surprendre quelques amis, saluer Jean Louis BORLOO,  pour la création de l’ANRU
« OSEZ » nous avait-il dit  et « nous vous suivrons »  et cela a été assez largement vrai.

Bien sûr, il y eut quelques difficultés, le budget de la 2ième ANRU , celle du Chaperon vert fut moins bon que celui de la Vache Noire, lui-même, était  très en dessous de celui obtenu par le maire de Meaux, un certain JFC. A l’époque je n’avais pas eu l’idée de demander une médiation à Alain Juppé !  Bien sûr aussi à la  direction de l’ANRU certains ont  trouvé que nous avions tort de poser comme préalable à la démolition « un vote positif référendaire des locataires ».

On m’a même reproché de renoncer aux prérogatives des élus. Mais d’autres ont approuvé ce choix  comme Eva JOLY qui m’avait dit : « C’est   une des innovations dont Arcueil peut être fière. »

En soumettant toute décision de démolition comme de réhabilitation au vote majoritaire des locataires, nous nous imposons une obligation d’écoute et de respect. Le projet en sort amélioré et la démocratie renforcée.

Je me rappelle d’un architecte me disant qu’il avait beaucoup appris et qu’il avait été surpris que l’on concerte vraiment. Je me rappelle aussi d’arcueillais disant «  vous nous demandez notre avis mais en tiendrez-vous compte ? » et bien oui, nous voulons faire de la politique et prendre des décisions avec les citoyens plutôt qu’en leur nom. Cela par des référendums, de multiples comités de suivi, ou assemblées de quartier, charte de relogement….

Fier aussi après 15 ans de mandat de maire et 4 ans à OPALY, de continuer à tenir  chaque semaine une permanence ( elles sont souvent très difficiles mais j’y puise le fait de toujours rester révolté contre cette injustice qu’est l’absence de logement digne).

Je voudrais aussi évoquer la transparence des attributions avec les critères élaborés et publics et des commissions pluralistes. Si nous n’avons pas capacité de résoudre toutes les situations, nous devons être justes et transparents.

Il n’existe ici aucune discrimination et aucun clientélisme. Ce sont  des choix importants – merci à mes adjoints et à nos services et à OPALY.

Nous avons beaucoup construit. Tout en restant une ville  humaine certains promettront pour demain, moi je vais livrer ce qui est réalisé ou engagé :

  • De 2003 à 2015 le parc de logements arcueillais sera enrichi de 1720 logements familiaux neufs et  198 logements dédiés, logements étudiants,  en EPHAD et  logements relais.
  • Sur les 1720 logements nouveaux, 779 sont de l’accession à la propriété, dont 53 PSLA, 860 du logement social  et 81 du  locatif libre.
  • A ce jour, 916  logements ont été livrés, 804 sont en cours de réalisation. Il ne se passe pas un trimestre sans  une pose d’une première pierre ou livraison de logements.
  • Nous avons aussi beaucoup rénové. En parallèle, 2168  logements sociaux auront été réhabilités. C’est un gros travail pour OPALY et les services municipaux et de l’agglomération,  encore merci à eux.

Et nous n’avons pas fini. J’entends bien poursuivre cette politique dans le prochain mandat pour.

+ de logements accessibles + de mixité sociale partout,

+ de qualité des espaces publics

+ de lien entre enjeux sociaux et environnementaux avec la rénovation thermique et l’arrivée de la géothermie,

Car plus de qualité de vie pour tous c’est aussi  plus de citoyenneté.

Malgré cela Arcueil compte :

  • 1 300 demandeurs
  •  400 demandeurs d’échange

 La durée d’attente pour les demandeurs varie de 3 à 8 ans selon typologie.

Le foncier est cher et la spéculation forte

Tout cela nécessite une politique nationale et métropolitaine audacieuse et humaniste du logement et c’est la 3ème raison de ma fierté. Le fait que ce soit vous Madame la ministre, toi Cécile,  qui me fassiez l’honneur de cette décoration.

Je sais ton engagement total  sur ces questions de logement, comme sur d’autres je connais ta compétence et  ta détermination, je sais aussi que le chemin sera dur,  que des égoïsmes locaux continuent  à exister, que des tentations de Nimby  et d’entre soi se manifesteront,   que des appétits spéculatifs s’exprimeront et que même des arbitrages de TVA ou pacte de solidarité pourront être difficiles.

Alors Madame la Ministre puisse le sourire de tous les enfants relogés grâce à ton action t’accompagner dans les moments les plus difficiles. Ils accompagnent mes choix comme le fait le souvenir de mon père, celui de Marcel Trigon, l’amour de ma femme, la confiance des Arcueillais et l’amitié de vous tous avec qui je veux partager cette distinction et un verre bien mérité.

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