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Hommage à Marcel Trigon – Discours de Daniel Breuiller

Le 26 juin 2012, une cérémonie s’est tenue à l’hôtel de ville, en hommage à Marcel Trigon.

Malgré la pluie, le public est venu nombreux rendre un dernier hommage à l’ancien maire d’Arcueil.

Retrouvez-ci-dessous cette cérémonie, et les différents intervenants qui se sont succédés ainsi qu’un diaporama de quelques grands moments de sa vie politique.

Hommage à Marcel trigon from Ville d’Arcueil on Vimeo.

 

Le discours de Daniel Breuiller, maire d’Arcueil

Cher Marcel,

Tu m’as souvent avec confiance demandé des tâches difficiles mais faire ton hommage…

Le jour où tu as été décoré de la Légion d’honneur tu avais cité quelques vers d’un poète dans lesquels tu te reconnaissais.

« Je suis, comme la plaine à l’ombre des montagnes,

je suis comme le goéland aux ailes mazoutées,

heureusement il y a les regards des amis que l’on verra ce soir »

Et bien tes amis sont là nombreux à tes cotés avec Nanou, Lucas, Elia, Sylvia, Lydie, Jocelyne, Paulette tes petits et arrières petits enfants dont nous partageons la peine. tu serais heureux de cette présence si nombreuse et d’abord de celle des arcueillais que tu aimais tant et à qui tu as tant donné , de celle des employés de la ville et de l’office qui ont aimé travailler pour toi et tes équipes et puis de celle de toutes ces personnalités

Monsieur Hael Al Fahoum ambassadeur de Palestine à Paris

Madame Shongwe ministre plénipotentiaire de l’ambassade d’Afrique du Sud

Monsieur Dinh Toan Tang ministre conseiller de l’ambassade de la République socialiste du Vietnam

Monsieur le Préfet,

Messieurs, mesdames les parlementaires, maires et conseillers généraux et régionaux et les représentants des formations politiques et des associations d’élus que tu contribuas à créer Anecr et le Réal

Devant vos excellences ambassadeurs venues aux obsèques de notre maire honoraire, comment ne pas parler du militant internationaliste qu’il fut, militant anti colonial pendant les guerres d’Algérie ou du Vietnam, militant des droits des peuples en Palestine, dont le droit à un état lui tenait tant à cœur au Salvador, au Nicaragua, promoteur de la coopération avec la Hongrie, militant anti apartheid aux cotés de l’ANC et bien sur de Dulcie September, ton amie.

« Marcel Trigon, maire d’une commune modeste de banlieue accueille le président Nelson Mandela »

Cette annonce nous galvanisa. Je revois comme hier, ta fierté, ton bonheur et ta tristesse en pensant à Dulcie, je revois

le regard admiratif et envieux de tes collègues.

Fier, tu le fus aussi quand tu rencontras le président Arafat mais aussi à chaque projet concret de coopération décentralisée que tu impulsas.

La présence des élus et dirigeants politiques souligne le dirigeant rare que tu fus.

Au Parti communiste d’abord, durant 40 ans, où tu occupes d’importantes responsabilités au comité central pour promouvoir cette justice sociale que tu veux avec exigence, et où, avec Marcel Rosette tu crées les contrats communaux et déjà de nouveaux rapports avec la population. Puis parmi les refondateurs et la gauche citoyenne, cette démarche citoyenne tu la voulais tant pour renouveler la politique.

Ce parcours fut pour toi un parcours de fidélité à tes valeurs et d’ouverture toujours plus grande à la démocratie mais à une démocratie vivante, confiante envers la capacité de notre peuple

Avec toi, nous avons défriché des chemins nouveaux où les citoyens sont associés et même décideurs. L’élu, disais-tu, doit être un animateur avant d’être un dirigeant.

Peu de dirigeants, ont la capacité de se remettre en cause comme tu le fis avec honnêteté, exigence et souvent avec douleur mais en restant fidèle aux valeurs qui t’avaient fait adhérer au PC à 17 ans.

Voilà quinze ans que tu as quitté ton mandat de maire et 10 ans celui de conseiller général mais aucun de ceux qui t’ont connu, ne t’ont oublié.

Elu maire à 29 ans, le plus jeune maire de France, tu le resteras pendant 33 ans sans discontinuer. Tu seras conseiller général d’Arcueil-Gentilly ouest durant 19 ans et suppléant à la députation de Marie Claude Vaillant Couturier, et Georges Marchais à 3 reprises. Marie Claude Vaillant Couturier, cette grande dame que tu admirais et que tu ne parvins jamais à tutoyer.

Tu as été un maire humain, combatif et innovant.

Humain : tu m’as souvent parlé des kermesses, des visites à Coulanges et Villers, des distributions de prix et puis de ces permanences où l’on reçoit les confidences et souvent les difficultés et les souffrances de nos concitoyens. Tu m’avais évoqué ces Arcueillais qui parfois dans ton bureau te disaient « docteur » par un beau lapsus qui montre qu’ils espèrent que l’on aidera à guérir leurs difficultés.

Tu as été un maire combattif.

Certains de vos collègues s’en souviennent, Monsieur le préfet, Marcel Trigon n’acceptait pas l’injustice sociale.

Oui il a fait encercler la sous préfecture pour défendre les moyens de la ville, oui il a occupé le bureau du ministre Duraffour pour refuser la fermeture de l’usine et le licenciement des ouvriers de l’entreprise Valstar. A Valstar, Innothera comme à Victor Michel et ailleurs ton camp a toujours été celui des ouvriers.

Tu as été un des tous premiers maires à faire un « parrainage républicain de personnes sans papiers » Je me souviens comme si c’était hier ici à l’hôtel de ville, tu m’avais dit un jour comment enfant tu avais vu ton petit copain Dada un petit voisin allemand et juif être arrêté avant de mourir en déportation, « j’ai décidé disais-tu de toujours agir selon ma conscience, tu n’y as pas dérogé ».

Un maire combattif aussi pour obtenir une subvention d’équilibre pour ta ville ouvrière et pauvre, pour obtenir des moyens pour le logement social, des briques pour l’office, un de tes combats permanents avec Gaston Doiselet et Jean Claude Rateau.

Combattif aussi pour faire imposer à la taxe professionnelle la CDC et d’autres établissements.

Tu as aussi été un maire innovant. L’intercommunalité te doit beaucoup. Au fond, tu appliquais tes convictions politiques et sociales : ensemble on est plus fort !

Avec Jean Luc Laurent, Yann Joubert et Jean Yves Lebouillonnec tu as créé l’entente intercommunale pour le développement économique avant il y avait eu le SIM et VVL.

Cette coopération intercommunale, exigeait à l’époque une capacité de dialogue entre villes et histoires politiques qui, disons le, n’était pas très fréquente mais que tu appelais de tes vœux, pas du consensus mou, mais de la coopération exigeante.

C’est cette même volonté qui a fait de toi le président de REAL.

Je voudrais dire aussi des choses plus personnelles comme ton terrible appétit qui lorsque l’on raccompagnait Charles Fiterman à la gare de Lyon, rendait incrédule les serveurs de la brasserie ! Charles t’embrasse Marcel !

Ton plaisir de partager avec des amis une invitation à la maison pour une soirée d’où la politique n’était jamais absente et les discussions passionnées sur le vin où le docteur Ha se montrait toujours le meilleur connaisseur.

La politique, tu étais tombé dedans tout petit, bébé même puisque tu es né en Belgique dans un château propriété du Conte de Paris. Un comble pour un futur dirigeant communiste.

Ton énergie tu l’as puisée dans le souvenir de Guy Moquet, dans celui de ton frère mort en Allemagne au STO et dans celui d’Eugène Clotrier qui t’avait tenu sur ses genoux et qui résistant communiste mourut sous les balles allemandes après avoir pardonné au jeune qui sous la torture avait donné son nom.

A 17 ans tu adhères donc au parti communiste, quelques années plus tard tu te maries et emménages d’abord chez tes beaux parents à la cité jardins puis au Chaperon Vert au HU avec les premiers habitants.

Ce quartier qui t’était si cher et dont tu étais si fier.

En 1962, tu entres comme secrétaire de Marius Sidobre.

En 1964 à la mort de Marius que tu admirais tant, tu es élu conseiller municipal et 6 jours après, maire. Le plus jeune maire de France.

On te doit à toi, et à tes équipes comme tu le rappelais sans cesse, et dont beaucoup t’entourent aujourd’hui, l’hôtel de ville où nous te rendons hommage, la maison des gardes, la cité de l’Eglise, les gymnases Ducasse et Pigot, la rénovation de la cité jardin, la médiathèque L Pergaud et tant d’autres équipements dont aujourd’hui nous bénéficions.

On te doit aussi les efforts pour le fleurissement de la ville, le développement des vacances et des activités de loisirs et éducatives, Arcueil Animation, la pochette de fourniture scolaire gratuite à la rentrée il y a presque 30 ans… la galerie Julio Gonzales parce que la culture était pour toi chose essentielle, comme ton amitié avec les peintres l’a montré.

La justice sociale était ton exigence, la lutte des classes une évidence.

La solidarité internationale aussi Michel Germa et Christian Favier avaient bien perçu ta passion pour te confier cette responsabilité au Conseil général

Grâce à la solidarité dont tu fis preuve en accueillant Dulcie September représentant de l’ANC en France durant les années terribles de l’apartheid, Arcueil te doit d’être entrée dans l’histoire de l’Afrique du Sud.

Le président Nelson Mandela demande au président Jacques Chirac d’inscrire au programme de sa visite d’Etat un déplacement à Arcueil pour rendre hommage à Dulcie September et à ceux qui l’ont aidé.

La nouvelle a pu surprendre à l’Elysée. Elle a bouleversé notre ville.

Cette visite fut sans doute ton plus beau souvenir de maire et la plus belle reconnaissance de ton action avec bien sûr cette distinction dans l’ordre de la Légion d’Honneur par laquelle la République Française a reconnu tes engagements.

Cher Marcel,

Tu ne me mettras plus le cafard et l’angoisse les vieilles d’élection en me disant qu’on n’a pas fait assez,

Tu ne nous donneras plus ces notes de 10 pages sur l’analyse politique du moment,

Tu ne te mettras plus en colère quand quelque chose ne va pas,

Tu ne te sentiras plus comme l’oiseau aux ailes mazoutées avec ton envie d’assumer toutes les erreurs commises et d’y remédier.

J’espère qu’enfin ton corps et ton esprit ne te font plus souffrir.

Tu as donné tant à ta ville, aux arcueillaises et aux arcueillais et à la politique que je veux te dire pour tout cela MERCI et aussi quelque chose qu’on ne dit pas.

Nous t’aimons Marcel, nous t’aimons avec tes immenses qualités et tes vilains défauts.

Permets-moi de te dire quelques mots de Charles :

« Les causes que nous avons servies autant que nous le pouvions, restent à l’ordre du jour. L’Histoire chemine à son pas, et la vie humaine est courte. Il n’empêche, Marcel a bien rempli sa propre vie en faisant le pari optimiste du progrès humain ».

Nous ne l’oublierons pas.

Adieu camarade, adieu Marcel.

La ville d’Arcueil perd un homme d’exception.

 

Notre ville est en deuil. Elle vient de perdre Marcel Trigon qui fut son maire pendant 33 ans et son conseiller général durant près de 20 ans.

Comme maire, il fut un inlassable militant de la justice sociale, du logement pour tous, de la citoyenneté active et de la solidarité internationale. Il aimait les gens, et ce contact si particulier qui est celui du maire avec ses concitoyens, cette possibilité de résoudre les problèmes du quotidien pour les habitants les plus modestes.

Il fut un élu innovant, organisant un Conseil municipal au sein de l’entreprise Valstar en lutte, menant des batailles dont les préfets se souviennent pour les finances de la ville ou le logement social, organisant la coopération et l’intercommunalité avant l’heure et défendant la nécessaire autonomie des élus locaux face à l’Etat, comme à leur parti.

Homme de conviction, Marcel Trigon resta toute sa vie fidèle à ses valeurs au prix de profondes remises en cause. Son histoire est liée à celle du parti communiste, puis des refondateurs et de la gauche citoyenne, il créa REAL (Rencontres des Elus et Acteurs locaux) dont il fut président. Fondateur des Rencontres Nationales Contre l’apartheid, il inscrivit notre petite ville dans l’histoire de l’Afrique du Sud.

Je me souviens de son immense fierté lorsque Nelson Mandela, élu Président de la République d’Afrique du Sud fit modifier le programme de sa visite d’Etat pour venir rendre hommage à Dulcie SEPTEMBER à Arcueil.

La solidarité internationale et la lutte sociale, lui tenaient à cœur et lui qui avait vu un petit camarade d’école juif déporté et assassiné, combattit toute sa vie toute forme de racisme, d’intolérance, ou d’exclusion. Il fut l’un des premiers maires à organiser des parrainages de « sans papiers ».

Plus que tout, il aimait ses rencontres avec les Arcueillais et notre ville qui l’avait accueilli jeune homme.

Notre ville perd un citoyen exemplaire, et je perds un ami et un camarade de tant de combats.

J’adresse à Anne Marie, à Lucas, Ellia, et ses trois autres filles, à tous ceux dont la peine est immense mes condoléances et celles de notre ville.

Les nombreux témoignages qui ne cessent de nous parvenir montrent à quel point Marcel Trigon a compté pour les arcueillais, pour de nombreux élus et dirigeants politiques venus d’horizons divers.

Son humanité, sa modestie, son exigence et même ses doutes ont porté ses équipes municipales.

Avec la disparition de Marcel Trigon, c’est une page de l’histoire de notre ville qui se tourne mais sa trace est présente, tant il a façonné notre ville.

 

                            Daniel Breuiller

                            Maire d’Arcueil

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